Entre nous

ICI Musique me fait entendre du Diane Tell en ce 18e jour du mois d’octobre.

Je ne suis pas une adepte de la nostalgie. J’y succombe rarement, car ça me fout le cafard. Je préfère savourer la vie le plus possible dans le moment présent.

Mais cette Diane Tell correspond à mes 18 ans. Et mes 18 ans, c’est un peu mon jupon  qui dépasse — presque au sens littéral – ou mon eau thermale en plein visage !

Cette année-là est gorgée d’une insouciance que j’aime revisiter. Jalousement, avec un grand plaisir. Pourquoi ? Parce que je veux retrouver cette légèreté et cette simplicité d’approche de la vie, en vieillissant.

Tu sais, quand tu as le feeling de flotter au-dessus de tout, sans attache ni grandes responsabilités ? Le bagage mince, disait Aznavour si justement.

À 18 ans, j’étais parfaitement naïve et certainement un peu tête brulée. Trop frondeuse, trop bête, croquant dans la vie comme dans une Lobo. À pleines dents.

J’habitais à Québec, à côté de chez Claude Charron– quelqu’un sait-il encore qui est CC ? –, au rez-de-chaussée d’une immense maison historique, presque impossible à chauffer l’hiver parce qu’un génie, pour qu’on puisse voir la brique d’origine dans les pièces principales, avait enlevé pratiquement toute l’isolation.

Mais je m’en foutais !

Et qu’importait aussi si par grands vents le foyer du salon – ma chambre ! –  me vomissait aussi quelques morceaux de mortiers. Ou si je dormais avec un vieux manteau de fourrure. J’étais hot, jeune et puisque j’avais comme Olivia Newton-John un bandeau blanc dans les cheveux j’étais un peu sa sœur ou sa jumelle cosmique.

Le plaisir était au centre de tout. Si je n’avais pas de plaisir, les situations n’existaient pas. Je pouvais passer la journée à me préparer mentalement pour la sortie du soir, je pensais que la prunelle de Bourgogne était la liqueur la plus fine au monde, que René Lévesque et Dieu c’était pareil, que le mariage n’était possible qu’avec mon DJ préféré, que Montréal était une ville insondable et que le lac vert, un endroit près de Québec où l’on se baignait nus l’été, était le centre du monde et rempli des gens purs et cool.

J’avais emprunté cette attitude à choisir le pur en fréquentant Gibran et en préparant moi-même mon shampoing à la camomille quelques années plus tôt.

Et il y avait cette amie – allô mon amie ! -, par la main, avec qui je partageais tout.

Une bouée de sauvetage, bien souvent, dans cet univers exaltant mais superficiel d’états ou de situations qui pouvaient débouler, se transformer et mourir pour un oui ou pour un non. Et alors bonjour les drames! J’en ai ri un coup mais j’ai aussi pleuré des rivières.

« Ce fruit de l’imagination, devient plus vrai que vérité. »

Au fond, tout n’était que découvertes dans un élan de fraîcheur et de pensée magique, conscience en moins, esprit frondeur en trop.

L’esprit frondeur ne nous quitte pas toujours, mais la conscience nous rattrape assez vite. Et l’humilité aussi, parfois, si on est chanceux. À coups de petites et de grandes morts ou de relatives différences, dans un monde dont on ne soupçonne rien, à 18 ans.

La grande difficulté de la vie, quand finalement on vieillit, c’est de rester jeune, sans s’encombrer d’images. Celles auxquelles on s’attache ou celles qu’on nous propose.

Parce que si je n’ai pas envie de danser comme dans une pub de Wayfair, ça me regarde ! Et que si je ne pratique pas le yoga dans un sous-bois en criant Namaste ou en me tenant sur la tête dans une état de gratitude avancé, c’est de mes affaires ! Le yoga, je te dirai, ça se pratique aussi dans un salon pendant que ton portable sonne ou que ta chienne se promène avec tes chaussettes de la veille dans la gueule ! Oui, madame !

Mais avoir encore des rêves, des envies, des coups de cœur, tomber pour quelqu’un, s’embarquer pieds joints dans une cause, une aventure, s’arracher à une routine, avoir encore 18 ans et s’étourdir, de temps en temps, ça c’est beau ! Vivre léger, quoi, le temps d’un après-midi, d’un soir qui penche, d’une nuit d’amour.

Une connaissance  me disait l’autre jour avoir perdu toutes ses illusions face à l’amour. Je ne lui ai pas dit mais je l’ai trouvée triste, éteinte et surtout vieille. Pour moi c’est ça vieillir. Ne plus lever la tête, ne plus croire et mourir avant d’être mort.

Je préfère l’avis de l’auteur Alexandre Jardin qui croit encore au frisson permanent.

Dans une entrevue donnée à RTL France, le mois dernier, Jardin se décrivait lui-même par une citation d’Albert Camus. Et dans cette citation, ces mots : « tu ne connais qu’un seul devoir, c’est celui d’aimer ». Et si dans ce devoir, on ajoutait un peu de démesure, de verdeur, de jouvence, de beauté ? De toute façon, l’amour, c’est vaste comme l’océan Pacifique. Autant y mettre les ingrédients qu’on veut.

 

 

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