Inventaire de février et eau chaude citronnée

Je n’ai pas super envie d’aller à Tulum. Je n’écris pas « eux » pour désigner des gens que j’aime sur mes photos Instagram. Je n’achète pas de jardinière ni de hiboux en macramé. Je n’aime pas la mode des hôtels qui ont des halls d’entrée tout noirs. Je ne crois pas que la vie est plus célébrée parce qu’on installe des lumières de Noël sur un balcon l’été. Je recycle, mais je n’entre pas en transe quand mon bac est plein. Je peux manger du pain blanc sans faire un choc vagal. Je consomme aussi du gluten. Quand je me lève le matin, j’ai un visage du matin, bouffi, ridé et zéro selfiable. Si je tire sur ma peau, au niveau du coude, elle ne se replace pas en une fraction de seconde. J’ai de la cellulite sur le ventre. Mes cheveux commencent à reculer, au niveau des tempes. Il m’arrive de chercher le nom de famille d’un ami pendant 5 bonnes minutes ! Si je suis un peu fatiguée, on peut me saouler avec trois verres de vin. Je suis complètement irritable si je rencontre de la mauvaise volonté ou un mauvais service clientèle. Je ne vois plus les politiciens comme des sauveurs. Je me fais penser à ma mère. Je me fais penser à mon père. Je réfléchis avant d’aller faire des courses afin de savoir comment je vais gérer tout ce panier d’épicerie en cuisine. Je n’écoute plus la télé de façon systématique. Le vedettariat m’énerve, l’élitisme me donne envie de me sauver très loin. Je crois que la réussite a un prix et je vois dans l’échec une source de rééquilibre. Je m’organise tranquillement avec l’idée de la mort. Il y a des jours où je suis vraiment plate et où j’accepte d’être plate. Je ne dis plus oui quand je veux dire non. Je n’ai pas de temps pour les fausses amitiés.

Je me dis souvent : à quoi bon ?

Mais aussi.

En route, je peux m’arrêter complètement pour regarder le ciel, les nuages et les étoiles. Je savoure chaque lever du soleil, sans que ma vie comporte la moindre once d’ésotérisme. Je regarde les gens que j’apprécie dans les yeux et j’écoute, vraiment. Sans prétention, je suis devenue une bonne amie. J’ai le pouce vert simplement parce que je prends le temps pour chaque chose. Idem en cuisine : j’ai le pouce toqué. Je choisis mes sorties, je choisis mes batailles. Je regarde mes mains et je les trouve belles avec leurs dizaines de petites rides – j’ai toujours eu de vieilles mains ! J’ai envie de beau et de bon, tout le temps. Je peux voir un chevreuil qui vient d’être abattu, pleurer sa mort et savourer sa viande trois heures plus tard ! Je dis de plus en plus la vérité, parce qu’elle libère et que je crois finalement qu’elle est bonne à dire. Tout est dans la manière. Je vais droit au but dans mes relations d’affaires. J’aime tout régler en un seul appel. Ma poignée de main équivaut vraiment à ma parole. Je fais des folies surtout quand on pense que ça va trop loin et qu’on me dit que je ne devrais pas.  Je me maquille de moins en moins. J’aime la vérité jusque sur la peau. J’ai acheté des escarpins en prévision de les porter en 2030 ! J’aime mes Sorel même si ça me fait des gros pieds laids. Manger un avocat avec des pousses de roquette et une vinaigrette miel et Dijon me procure autant de plaisir que de manger au Eleven Madison Park à NY. Je ne désespère pas de finir mon roman et je rêve encore d’être publiée. Je bois de l’eau chaude et du citron avec un grand bonheur. Mes plaisirs sont tout sauf coupables. Ça ne me dérange pas d’être gaga. Je n’ai pas besoin de faire précéder de « moi » toute conversation – merci Aznavour. Je savoure le calme d’un 17 heures, à la maison. Assumer est mon mot d’ordre. J’observe quelques femmes inspirantes de 70 ans et je prends des notes !

La cinquantaine comporte son lot de renoncements, d’abandons, mais elle est aussi riche d’états vierges, assumés, de vertiges rigolos et de vrai, quand on choisit le vrai. Le point intéressant dans ce fouillis, c’est que de faire la poussière sur des trucs permet d’en intégrer d’autres et qu’on y voit plus clair quand il est question de garder le bon.

Comme si notre quotidien devenait temporairement un Tetris.

Et la question ultime étant toujours : mais qu’est-ce que je veux faire de ma vie ?

 

 

 

 

 

 

 

5 commentaires sur « Inventaire de février et eau chaude citronnée »

  1. Savoure, savoure ta formidable vie chère Christine, je nous souhaite de te lire un jour, grand livre de papier ouvert sur ta vision du monde. Tes mots me laissent toujours un petit goût de vin blanc, de tisane citronnée, de mousse légère.

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