Entretien avec Sylvie Léonard, une GRANDE fleur

Par une belle journée de mai, j’ai rencontré une personne que j’admire et que j’aime depuis longtemps : Sylvie Léonard. Comédienne depuis plus de 40 ans, femme accomplie, passionnée par son métier et mordeuse de vie. On l’envie parce qu’elle a une bouille de jeune fille et qu’on sent chez elle un élan naturel pour le plaisir. Parlons de tout ça, justement. Et surtout de la cinquantaine.

Sylvie, permets-moi d’entrer directement dans le vif du sujet.

As-tu eu une crise de la cinquantaine ?

Oui, je considère que j’ai eu une crise la cinquantaine, mais est-ce que c’était les 50 ans ou la crise de la ménopause ? Je n’en ai aucune idée ! C’est peut-être simplement le mitan de la vie, dans ce cas ce serait clairement le passage à la cinquantaine.

Passage difficile ?

Ça a été un passage difficile, oui, dans le sens que j’ai dû accepter que j’étais à l’étape des bilans, que c’était la fin d’une étape.

C’est comme un entonnoir, un bout rough par lequel on doit passer. Physiquement, le changement hormonal est très important et, culturellement, on nous renvoie toujours l’image que c’est la fin de quelque chose et non un passage. Partout, partout. En plus, veux, veux pas, il y a un double standard entre les hommes et les femmes. Je le dis sans amertume, sans cynisme, mais force est de constater que c’est ça.

Exact, on y reviendra plus tard ! Pour toi, quelle est la différence entre tes 50 ans et tes 60 ans ? Y en a-t-il seulement une ? Si oui, elle s’articule comment, du point de vue physique et moral ?

Physiquement, à 60 ans, il y a une paix totale, c’est comme si l’espèce de tsunami hormonal était passé. Tsunami est un bien grand mot, je sais, mais disons que le passage est fait. Il y a une sérénité qui vient avec tout ça.

Aussi, à 50 ans je refusais de parler de mon âge et maintenant je m’en fous, j’assume totalement mes 60 ans ! Je ne me fous pas de ce qu’il y a devant, par contre, car y’a personne qui va me faire croire que c’est le fun de vieillir. Dans ma cinquantaine, je résistais, alors que maintenant je ne résiste plus. Le jour de mes 60 ans, j’ai ri toute la journée !!IMG_1129

Penses-tu qu’à partir de 50 ans on a moins envie de vivre dans le regard des autres ?

Je pense qu’il y a deux façons de répondre.

Personnellement, je crois qu’on est mieux comme femme, mais culturellement, socialement parlant, on voit que, même si on travaille là-dessus, on est de moins en moins sur le marché. On n’y échappe pas ! On reste consciente que les autres portent un regard sur nous, c’est à nous d’en avoir moins besoin. Parce que l’image qu’on nous renvoie, c’est qu’on est passée date. C’est quelque chose !

À cet âge, on sait mieux ce qu’on veut et ce qu’on ne veut plus. Vrai ?

Clairement, pour autant que chaque femme honore ses rendez-vous avec la vie. Si elle va à ces rendez-vous-là, c’est à cette conclusion qu’elle va arriver.

Mais si elle évite de se rencontrer elle-même à certaines étapes de la vie, elle va se retrouver à avoir un trop grand ménage à faire et à ne plus savoir ce qu’elle veut. Les bilans sont importants, mêmes s’ils sont petits, voire minuscules ! Il y a des ménages qui sont durs à faire, des bilans difficiles, oui. Le constat qu’on fait, malgré tout ça, c’est que si on pouvait avoir encore plus de vie devant nous, ce serait formidable ! Par contre, c’est difficile d’avoir 60 ans justement parce qu’il nous reste moins de temps devant nous ! Moins de temps pour jouir de cette sérénité-là.

Par exemple, il y a plein de projets que j’aurais envie de faire ! Mais plus tu avances en âge, plus la fin tu l’as dans la face. Et quand t’aimes la vie, ben ça te tente pas pantoute !

Où te situes-tu par rapport à ton métier ? As-tu une pression supplémentaire ? Ou bien une nouvelle aisance ?

Les deux, par ce que j’ai une qualité d’exercice de mon métier à maintenir, donc un standard à préserver – cela dit sans aucune prétention. En même temps, j’ai une distance que je suis capable de prendre, parce que la nécessité de me réaliser dans ce métier-là est bien moins pressante.

Mon épanouissement ne vient pas uniquement de mon métier, même si je considère que serai toute ma vie comédienne – parce que pour moi ce n’est pas juste un métier, c’est aussi un état !

La jeunesse est valorisée partout, mon métier n’y échappe pas. La phrase qui m’aide à vivre : je veux être au mieux de ce que je suis, sans m’imaginer que je peux être ce que je ne peux plus. Clairement, je veux être au mieux de mes 60 ans, mais sans m’imaginer que j’en ai 30 !

L’écrivaine Benoîte Groult disait, vers fin de sa vie, qu’elle n’hésiterait pas à offrir des liftings à ses filles, si elles en avaient besoin, car elle-même détestait vieillir et elle comprenait parfaitement qu’on puisse vouloir rajeunir son visage, ses traits, etc. Que penses-tu de cette déclaration ? Ferais-tu la même chose pour ta fille ?

Je n’ai jamais pensé à ça. Même si je fais très attention à mon corps, j’accorde beaucoup d’importance à ce qui se passe intérieurement. Donc je mettrais plus d’énergie à payer un psy ou des voyages à ma fille que des liftings ! J’ai tellement parlé de féminisme avec ma fille que, la dernière chose à laquelle je penserais, c’est de lui offrir ça.

Justement, que penses-tu des chirurgies esthétiques, liftings et autres ?

Je suis d’accord pour le fine tuning. De la même façon que, si tu as des mauvaises dents, tu te les fais refaire. Je me teins les cheveux depuis des années et je trouve ça ben correct. Tant que ça rentre dans cette case-là, ça va. À partir du moment où tu veux changer ton schéma corporel, je me demande jusqu’où ça peut aller. Personnellement, je me poserais la question : pourquoi je veux faire ça ? Si c’est une question de complexes, c’est ben correct. Si c’est une quête de bonheur, je me demanderais : est-ce que ça va m’apporter le bonheur ? Si tu cherches une jeunesse perdue, je pense que c’est pire, parce que ça se voit tout le temps. T’as pas l’air plus jeune, t’as juste l’air complètement weird, en quête d’être jeune !

Dans un autre ordre d’idées, certains boomers ne se reconnaissent pas dans la proposition de la vieillesse, telle qu’elle est véhiculée par la société. Je parle de soins de santé, de résidences pour personnes âgées, de retraite, etc. Qu’en dis-tu ? 

Je pense que notre personnalité ne change pas, en vieillissant. Si tu n’as jamais été conventionnel dans la vie, tu ne le seras jamais. Si tu as rêvé des résidences Soleil toute ta vie, ben tu vas finir là !  Si ton monde est petit à 60 ans, c’est parce qu’il était petit à 20 ans. Je n’ai jamais été straight, alors je ne serai pas une vieille straight (rires).

On revient au sujet des hommes et des femmes. J’ai lu que les femmes de 50 et plus deviennent invisibles, dans le sens où elles ne sont plus sur le marché de la séduction. Qu’en penses-tu ? Et en ce sens, y a-t-il une différence entre les femmes et les hommes ?

J’ai répondu tantôt, pour la première partie de la question. Par contre, il y a une différence entre les femmes et les hommes. Si on prend l’exemple d’Emmanuel Macron, on a fait tout un numéro de l’âge de sa femme. Quand un homme est avec une femme plus jeune, ça n’est jamais un sujet de discussion. Dans ce sens-là, il y a une énorme différence, oui. Cela dit, sans aucune amertume.

As-tu peur de quelque chose, en lien avec ton âge ?

Je ne suis pas hypocondriaque, mais j’avoue que plus le temps passe, plus j’essaie de ne pas penser aux horribles maladies qui nous entourent. Parce que, l’âge avançant, veux, veux pas, on perd des gens autour de nous, des gens qu’on connaît, et ça nous place devant notre propre réalité, devant notre vieillesse, notre mort. L’insouciance de mes 40 ans n’existe plus. Donc il y a une urgence de vivre, une urgence de vivre dans le désir, en général, de voyager, d’aimer, de voir mes amis, de vivre ! Si je suis sûre de quelque chose, je fonce, j’y vais et vite, je n’ai plus le temps d’attendre !

As-tu une idole, un modèle, une personne qui t’inspire et à qui tu aimerais ressembler, ne serait-ce qu’au 10e de ce que cette personne est, dans 5, 10 ou 20 ans ?

Je ne voudrais pas lui ressembler, je ne cherche pas à faire sa vie et on sait qu’elle a vécu avec plein de contraintes (…), mais la femme qui m’a inspirée tout au long de ma vie et devant qui je reste béate, c’est Simone de Beauvoir. C’est une femme qui m’a mise au monde. Le Deuxième Sexe est le livre que j’ai le plus aimé de toute ma vie. C’est une idole !

Et à l’inverse ? Une personne qui est un modèle à ne jamais suivre ?

Il y en a beaucoup… Un exemple ? Melania Trump. Tout d’elle ! Et son cerveau, et ses projets, rien de m’intéresse ! Il y a aussi toutes les femmes qui n’ont aucune quête intellectuelle, par exemple celles qui ne sont concernées que par leur physique. Elles ne m’intéressent pas.

Le plus bel exemple qui m’indiquerait ton degré de sagesse ?

La gestion de mon anxiété. Je relativise beaucoup plus qu’avant et l’humour est mon meilleur compagnon. Je ris souvent de moi-même, je me parle à haute voix, etc. J’ai plus souvent recours à l’humour qu’avant pour désamorcer mon anxiété.

Le plus bel exemple qui m’indiquerait ton degré de folie ?

J’ai une facilité avec l’humour, sans censure avec mes amis. Je peux dire et faire un paquet de niaiseries sans me retenir, sans me regarder aller.

Aimes-tu la femme que tu es devenue ? 

Oui et je n’ai pas le choix. Parce que ne pas l’aimer confirmerait que je ne suis pas allée au rendez-vous que la vie m’a donné. Et en même temps, ça prend d’autres rendez-vous pour continuer à évoluer. On a toujours quelque chose à régler, on n’est vraiment jamais accompli. Donc je me souhaite de m’aimer chaque jour davantage et aussi de ne pas trop m’aimer parce que ce serait un amour narcissique.

Une belle femme pour toi, c’est…

Une femme qui est en accord avec son intelligence, en accord ou en équilibre avec son humour, son physique et son cœur. ET qui doute suffisamment d’elle et qui est suffisamment sûre d’elle !

En terminant, avoir la pêche ou abdiquer ?

Avoir la pêche, clairement !

 

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2 commentaires sur « Entretien avec Sylvie Léonard, une GRANDE fleur »

  1. Merci Christine pour cette belle entrevue avec Sylvie Léonard, femme que j’admire depuis longtemps aussi. Ça fait du bien de lire une femme de 60 ans qui est bien dans sa peau et bien avec ses 60 ans. Âge que je vais avoir bientôt. Je partage son point de vue. Merci encore!
    Salutations à François.
    Suzanne Trudelle (cousine de François).

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