Le poids d’une vie et le cône inversé

Suis-je si mal faite ?

J’ai encore une fois sursauté à la lecture d’un article, celui sur cette jeune fille renvoyée d’un défilé Vuitton parce que la marque la trouvait trop grosse, alors qu’elle porte du 34.

Vuitton, crisse ! Du 34 !

Évidemment, les principaux intervenants ont sorti les conneries d’usage, servies sur un plateau d’argent, ils se sont justifiés en pointant la mécompréhension de la jeune femme.

Elle a mal compris, on ne lui disait pas de ne boire que de l’eau, on lui disait simplement de ne pas boire autre chose. Il s’agissait seulement de ne pas se déshydrater et bla bla bla.

Ah bon, une nageoire avec ça ?

Cette jeune femme s’exprime clairement en disant que les défilés de mode sont conçus pour des mannequins qui ont des troubles alimentaires. Ça ne peut être plus clair.

Lesquels de ces mots on ne comprend pas ?

Encore une fois, on se retrouve devant ces attitudes de relations publiques à deux sous et surtout cette tyrannie de la minceur. Encore et encore. Celle qui nous impose une façon de vivre unique, basée sur l’image de soi et la perception de la chair comme une menace extrême. Sinon, expliquez-moi.

Et le 34.

Comment devons-nous nous sentir, nous qui nous habillons du 38, du 40 ou du 42 ?

Comment devons-nous nous sentir quand nos rides façonnent nos visages et que nous n’avons plus les vingt ans nécessaires pour séduire ?

Comment autrement que comme de la merde ?

J’en ai plus que marre de cette tyrannie et je plains toutes les jeunes femmes qui doivent subir cette pression, composer avec ces images, quand elles ne les créent pas elles-mêmes en étant leurs propres bourreaux, sur Instagram et ailleurs.

La vie, c’est autre chose qu’une image physique, qu’une taille 34 et qu’un selfie calculé à l’os. C’est autre chose qu’une Marilou figée sur ses photos blanches – si belle et si géniale de santé alimentaire soit-elle -, autre chose qu’une branche de céleri comme repas et qu’une course de 15 km pour perdre les calories ingérées la veille.

En quelle année va-t-on s’en rendre compte, dites-moi ?

Ça me désespère de mes contemporains.

Mais entendons-nous !

Il est impossible d’être contre une saine alimentation et contre l’exercice pour être au meilleur de sa forme. Mais la forme, c’est aussi de se rendre compte que toutes les formes et toutes les couleurs sont permises et doivent être encouragées.

Nous vivons dans le mensonge perpétuel. Plusieurs de mes amies, même à 50 ans (!!), sont anorexiques. Tasser le riz dans les sushis, je l’ai vu mille fois faire.

Courir 20 km pour être certaine de ne pas avoir sur les hanches ou le beu bye de bras le chocolat ou les trois verres de vin consommés la veille, je le vois aussi mille fois par an.

Alors les agences de pubs ont beau se fendre en trois pour nous balancer des 30 secondes de Dove et de Kellogg’s qui prônent la diversité des corps et des attitudes à travers le monde, on voit bien que le message ne passe pas encore complètement.

Ni même du tout, trop souvent.

Je n’ai pas de fille, alors je ne vis pas les difficultés de la gestion de l’image corporelle en tant que parent. Un gars, ça met un T-shirt, des jeans, des Toms et ça se trouve hot !

Et j’avoue que je ne saurais pas trop quoi dire à ma fille, à part 45 fois par jour qu’elle est belle, saine et qu’elle doit accepter… non ! qu’elle doit AIMER son corps tel qu’il est.

À mon âge, je vois bien que ces images hantent nos écrans et que nous devons y faire face, tous les jours. La quête d’une vie n’a pourtant et tellement rien à voir avec ces propos glacés. Je peux bien me prendre pour Monica Bellucci en feuilletant le dernier Vanity Fair et en magasinant chez Céline, mais quand je me lève le matin et que je m’hydrate le visage, je les vois, toutes ces rides et toutes ces années autour de mes yeux, de mon front et de ma bouche. Et il y a des matins ou je n’ai pas le goût du tout de me regarder plus de 30 secondes. Parce que ça me déprime de vieillir, comme tout le monde !

Mais il y a beaucoup d’autres matin où je mesure la chance que j’ai de m’épanouir dans des relations saines et une vie que j’aime, finalement. Avec ses hauts et ses bas.

C’est ma réponse à toutes ces rides et ces ridules : j’ai la face qui va avec ma vie !

L’autre réponse, c’est qu’on doit absolument cultiver autre chose que son corps, dans un mode où l’image prime. Voilà ma théorie de la vie après 50 ans : la théorie du cône inversé ou du contre-entonnoir. C’est ma nouvelle façon de vieillir, le truc qui me motive jour après jour. Une théorie tellement simple qu’elle peut en être ridicule.

Elle demande juste une ouverture d’esprit. Essayer des trucs, chercher une vie en marge d’une zone de confort, cette maudite zone qui nous limite et qui transforme tout en entonnoir, alors que la solution est dans le mouvement et dans l’évolution. Trouver un plaisir dans le dépassement de soi, être mobile, faire bouger nos cellules, activer nos neurones, prendre les obstacles comme des défis, dire plus souvent oui que non, écouter les autres, trouver un modèle au lieu de se voir comme le kingpin de quelque chose… Ça me semble être une belle avenue à suivre. Manifestement.

Pas toujours facile à emprunter, car elle demande un effort constant, mais elle en vaut la peine. Cette avenue-là, et celle aussi de choisir de manger tout le riz des sushis.

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