La vie, les boîtes et les fils qui coupent

Je discutais cette semaine avec une copine que j’aime bien et que je ne vois jamais.

Contente de l’avoir enfin devant moi en chair et en os, je lui parlais de l’effet pervers des médias sociaux, de l’impression d’avoir des nouvelles de tout le monde sans les voir et sans leur parler.

On a d’ailleurs toutes les deux à peu près le même avis sur la question, depuis longtemps, mais on se dit aussi que ça ne sert à rien de chialer, que notre malaise est sans grande conséquence puisqu’on continue d’y aller de façon quotidienne.

La discussion mérite pourtant de rester ouverte et de progresser, jour après jour.

Parce que les façons de communiquer changent et les réseaux sociaux sont relativement nouveaux dans nos vies. Il faut qu’on s’y attarde, qu’on y réfléchisse, et qu’on trouve des solutions à leur envahissement.

Car il s’agit bien de ça, d’un envahissement, qu’on le veuille ou non. On est tous connectés et nos relations passent maintenant souvent d’abord par les portables et les médias sociaux.

Un rendez-vous avec un client ? Après le premier appel, on en vient rapidement aux textos.

Je veux changer l’heure d’une rencontre, contacter un ami occupé ? Je ne prends aucune chance. Ses trois adresses courriel, un texto et un message Facebook, comme ça je suis certaine d’être vue.

Je suis devenue un fin limier, la truffe pistant tous les réseaux, prête à chasser le rendez-vous.

On veut savoir comment se porte la famille ?

Prendre le téléphone serait une hérésie, un truc pas possible, impensable en plein jour. Allons plutôt stalker le mur Facebook de la sœur ou du frère afin de savoir si un drame se trame ou est arrivé.

Au pire, envoyons-lui un texto afin de connaitre son humeur du moment. Pourvu qu’elle ou qu’il soit au mieux parce que sinon – hé misère ! –  il faudra entretenir la relation pendant quelques jours, voire une semaine par téléphone intelligent. Franchement, à vue de nez, c’est presque la mort.

Maintenant, je vous jure qu’il m’arrive de prendre des rendez-vous téléphoniques avec des amies par textos.

  • Allô Marie. es-tu dispo ?
  • Dans une heure ? Là je suis occupée.
  • Dans une heure, je serai en rendez-vous, disons à 16 h ?
  • Peux pas. 17 h ?
  • Non, 17 h, je fais le taxi pour ma fille. 19 h ?
  • Ishh non, j’ai un souper avec Élise. Elle veut absolument me parler.
  • On essaie demain ?
  • Pas de souci, je t’aime.
  • Moi aussi ! xxx

Cinq minutes de textos alors qu’on aurait tellement pu se parler.

Mais on s’aime, c’est écrit !

Prenons maintenant le courriel.

Un courriel, c’est quand même simple, efficace et ça ne détourne notre attention de RIEN.

On peut continuer à travailler, à cuisinier ou à préparer la gamelle du chien en attendant la réponse, et décider de répondre le soir même ou le lendemain. Personne ne s’en formalisera.

Si on passe deux jours, on feindra la boîte de courriels TELLEMENT REMPLIE et on dira qu’on n’a rien vu de ce courriel. Viendront alors les mots : désolée, occupée, pas vu, etc.

Des mensonges, bien sûr. Mais qui ne font pas de mal.

Je ne suis pas de la génération paresseuse, mais j’avoue, je le suis devenue depuis au moins quatre ou cinq ans, quelques années après mon entrée sur les réseaux sociaux. Que voulez-vous, ça occupe ces affaires-là ! J’y ai mis et j’y passe encore trop de temps, à mon goût.

À lire des trucs dont je pourrais facilement me passer. J’entre là-bas quand j’en ai envie, je m’installe au coin du feu Twitter ou Facebook et je regarde le spectacle.

Souvent, il n’y a rien de palpitant ou de merveilleux à lire, mais il y a des jours où ça explose. Un évènement survient dans l’actualité et mon fil c’est l’Autel du partage !

Aujourd’hui, on partage sur tout et CHAQUE opinion compte, ne l’oublions pas. Les sujets sont multiples, en une semaine on trouve toujours bien quelque chose à se mettre sous la dent.

Une semaine en médias sociaux, c’est un mois en vrai. Pas le temps de niaiser, on lance son opinion et vite ! Les élections américaines, la gauche, la droite, le ventre rebondi de Jennifer A., l’immoralité de tel humoriste, les cônes orange, tout y passe. Le boucan est parfois tellement prenant qu’on doit se parler à soi-même pour en décrocher et continuer à travailler. Même envisager les deux minutes que ça prend pour longer le couloir et aller faire pipi peut devenir source de questionnement et d’anxiété.

À moins de prendre son téléphone avec soi.

Et comble du comble, 2016 – corrigez-moi si je me trompe – aura vu apparaitre des statuts hyper longs, touffus, remplis à ras-bord ! Du coup, je dois sortir mes lunettes si je veux tout lire. Et ça me prend un moment. C’est vrai, je l’admets, que si je ne tenais pas à tout comprendre ce serait moins long.

Pendant ce temps-là, que complote ma famille, que font mes amis ?

Je n’en ai aucune idée !

Je suis trop absorbée par d’importantes lectures. Le vol de la bague à 6 millions de Chose, les envolées lyriques de Ferrandez, l’opinion d’une personne que je n’ai jamais vue, que je ne rencontrerai probablement jamais, que je serais de toute façon bien en peine de reconnaitre. Tu parles si je suis occupée !

Sérieusement, ce qui arrive pendant ce temps-là, c’est que mon fils devient un adulte, que les saisons changent, que mes amis me manquent, qu’on trouve une nouvelle façon de déjouer le sida, que deux ou trois symphonies se créent… bref ! que la planète évolue.

Quand on y pense, ce serait suffisant pour décrocher.

Dans un récent party où j’étais et où les invités donnaient leur opinion sur tout sauf sur l’évolution de l’aye-aye à Madagascar, un jeune ami qui, je suppose, ne trouvait pas sa place dans le troupeau ou avait simplement envie de poser un regard ironique sur la soirée, a fini par articuler un mot, accompagné d’une photo qu’il a déposée sur Instagram.

Son mot était : la société parle, mais que dit-elle ?

Ce n’était pas un long statut, ce n’était pas écrit par une célébrité ni partagé 45 fois sur Twitter et 21 fois sur Facebook, mais je l’ai trouvé particulièrement pertinent.

La maturité devrait servir à faire de meilleurs choix de vie. Je n’ai pas la prétention d’avoir terminé ma réflexion sur le sujet, mais c’est parce que je dois être encore très jeune.

À ce compte-là, nous le sommes presque tous.

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