Caliente, 50 ans de lutte et la lune

Quand une relation entre deux personnes prend une tournure déplaisante, il n’y a plus rien de léger là-dedans. Plusieurs témoignages de femmes agressées sexuellement vont dans le même sens. Le léger, c’est quand il y a consentement. À partir du moment où la relation consentante est menacée, en difficulté ou carrément bousillée, il n’y a plus rien de léger.

La vie, ce n’est pas Pornhub !

On peut dire oui au début, quand on se sent bien, quand autour tout est sa place, comme le chante Kevin Parent dans Caliente. Et puis changer d’idée, parce que les choses tournent mal, parce qu’on sent une agressivité chez l’autre, parce que le feeling est mauvais, parce qu’on croit qu’on est allé trop loin, parce qu’on n’en a simplement plus envie.

Tout cela doit être entendu et respecté. Un non est un non et il y a plusieurs façons de dire non, combien de fois faudra-t-il le répéter ?

Un « non » est un non. Un « lâche-moi » est un non. Un « arrête, ça ne me tente plus ». Un « je sais plus si j’ai le goût ». Un « j’aimerais rentrer chez moi ».

Une main qui arrête un geste est aussi un non.

D’où vient cette idée qu’on n’aurait pas assez de jugement pour vraiment penser ce qu’on dit? Qu’un non parfois veut dire oui?

De mon côté, j’ai appris très tôt que le danger peut rôder n’importe où. Peut-être parce que j’ai été élevée dans un quartier populaire rempli de gens de toutes sortes dont fallait savoir se méfier, des personnes qu’on croisait tous les jours et qui souffraient de troubles mentaux, des parents d’amis chez qui tout était loin d’être parfait. Mes copines et moi, on devait vite comprendre à qui on avait affaire et savoir se débrouiller avec les moyens du bord pour se sortir des situations troubles.

J’ai donc appris petite à jouer profil bas, à dire ce qu’on voulait m’entendre dire tout en pensant le contraire et en planifiant un plan B pour me sauver, j’ai appris à courir le plus vite possible et à trouver où me cacher quand le danger était présent.

Je suis dotée d’une sonnette d’alarme intérieure, un truc qui vient de cette expérience et aussi probablement de l’instinct : je sais quand je dois me barrer d’une situation. Par bonheur, je suis aussi pourvue d’une bonne force physique et d’1,74 m de haut qui font que j’ai pu éviter deux viols dans ma vie, les deux entre 15 et 17 ans.

Ce n’est pas donné à toutes les femmes d’être assez grandes et assez fortes pour tasser cinq gars qui sont placés devant la porte intérieure d’un appartement ou de se débattre avec tellement de détermination sur la banquette arrière d’une caisse pourrie que le gros épais qui conduit choisit de s’arrêter parce qu’il sent que son chum n’y arrivera pas si facilement.

J’ai eu de la chance. L’immense majorité n’en a aucune.

Et je pleure ma vie quand j’entends des histoires de jeunes copines prises dans des initiations de merde à l’université. Ou d’une belle chouette qui a dit oui à un gars pour ensuite lui dire non. Savoir qu’elle n’a pas été entendue, ni comprise, ni respectée me fait mal à chaque fois.

J’ai milité très tôt pour les droits des femmes. C’était d’ailleurs une évidence quand j’étais à l’université. On militait comme on allait prendre un café.

L’urgence et la nécessité en plus.

J’ai l’impression, après toutes ces années, qu’on revient souvent à la case départ, que nos voix et nos gestes de femmes ne sont pas entendus, que plusieurs hommes sont aussi bouchés que certains l’étaient dans les années 1970 et 1980.

J’ai l’impression qu’on recule alors qu’on devrait toutes se retrouver au coin de la rue, reconnues, respectées, souveraines. J’ai l’impression d’un cauchemar quand j’écoute les nouvelles.

Pourquoi toute cette incompréhension, alors qu’on répète la même chose depuis 50 ans ?

Demander le respect, c’est demander la lune, c’est ça ?

Heureusement qu’il existe d’autres patterns et des tonnes d’hommes fabuleux qui sauvent la mise pour les dizaines d’imbéciles, sans ça on passerait nos journées de semaine à militer. Et les autres à pleurer, cachées sous la couette !

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