L’imperfection, le Kraft Dinner et l’ordinaire

Cette semaine, c’était l’anniversaire d’une copine. Une copine indigne. Pas cinquantenaire, mais la première mère-blogueuse indigne que j’ai connue et qui vit maintenant de sa plume. Une femme assez extraordinaire !

À l’époque où Mère indigne menait son blogue, j’en tenais un autre avec ma soeur. Un journal à quatre mains qui existe toujours dans la galaxie web, il suffit de fouiller un peu.

J’avais voulu lui trouver un titre qui allait illustrer ce qui nous caractérisait à ce moment-là et ce que nous avions envie d’être à l’écrit : des impertinentes.

On a tenu ce blogue pendant cinq ans et on a rencontré en pratiquant l’écriture à quatre mains d’autres plumes merveilleusement uniques. La marraine Geneviève, le grand Martin, la pétillante Mélodie et beaucoup d’autres passionnés.

Une belle époque où on avait une fenêtre ouverte sur un monde imparfait qu’on inventait et auquel on s’identifiait totalement, loin de l’écriture formelle.

On donnait libre cours à nos opinions, à nos coups de coeur et à nos coups de gueule. Ma soeur et moi écrivions pour le plaisir, sans autocensure et surtout sans commanditaires. Pour déverser le trop plein, pour s’acclimater à nos vies de mamans, etc.

Un fabuleux laboratoire et un parfait exutoire !

Ça ne fait pas si longtemps, bientôt neuf ans. Un siècle à l’échelle du web et un autre à l’échelle de l’individu, du couple et de la famille.

Les blogues sont maintenant intégrés dans tous les journaux, dans tous les quotidiens. On trouve à peu près partout des tribunes pour parler de soi et des autres.

La notion d’imperfection est aussi maintenant vécue à plein. Elle est valorisée dans les journaux, dans les revues, dans la littérature, à la télé et au cinéma.

C’est une excellente chose que cette évolution. Mais il est bon, de temps en temps, de se rappeler que ce n’est pas parce qu’on chronique plus sur un sujet qu’on amène la vision plus loin. Il arrive qu’on patauge sans but et il arrive aussi qu’on se répète.

Par narcissisme, par paresse ou je ne sais trop.

Les nouvelles façons de vivre, d’être en famille, en couple, de changer de vie, de pratiquer un métier singulier n’ont certes pas toutes été écrites, mais le jardin n’est plus en friche.

On en a vu, écrit, lu et exploré un tas !  Le verbe a muté, les plateformes ont explosé et on doit s’aventurer maintenant dans les capsules web pour voir de l’inédit.

En blogues, en billets, c’est un peu moins évident.

On a souvent l’impression qu’on essaie de défoncer des portes déjà grandes ouvertes. Oui, je comprends que quand on est  à son premier billet il y a toujours certains angles à exploiter. Mais justement, il faut en trouver d’autres, des angles ! Arrêtez de défoncer la porte de l’imperfection, ça fait longtemps qu’elle est sortie de ses gonds !

Être imparfait, ce n’est pas de servir du Kraft Dinner à ses enfants un soir de semaine, une fois par mois.  Ce n’est pas non plus de mettre un rosé sur le comptoir quand on rentre à la maison et que les sacs à dos ne sont pas défaits. C’est encore moins de vouloir prendre des vacances à deux en rentrant de vacances en famille parce qu’on est épuisés.

Ces situations sont vécues et assumées par bien des gens.

Peut-on dire qu’elles sont intégrées dans la société et désormais légitimes ? Sans aucun doute, si on en croit ce qu’on voit à la télé et au cinéma !

Courir après sa vie,  avoir envie d’un verre,  vouloir prendre des vacances le premier jour du retour au boulot, ce n’est plus être imparfait, c’est être de son temps.

Alors ce serait bien de se relaxer l’attitude et la culpabilité, de prendre note que ces états-là sont parfaitement normaux et d’arrêter de se flageller en public.

Parce que de se faire répéter sans cesse sur des blogues et sur Facebook par des gars et des filles qui sont juste eux-mêmes – des adultes de 2016 – qu’ils sont soit disant imparfaits parce qu’un soir ils ont crié après leur enfant, ça peut foutre un complexe royal à tous les autres qui se sentent vraiment moches, comme parents.

Faisons l’exercice, pour le plaisir.

Si je vous dis parent indigne, vous pensez à quoi ?

Pas de l’indignité rigolote. De l’indignité, vraiment.

Je vous entends chercher des exemples fictifs. Prenez des exemples réels, non anecdotiques. Tout à coup, ça devient moins cute, pas vrai ? Parce qu’il s’agit de drames et qu’on peut trouver ces exemples à la une des journaux et parce que pour tous ces exemples il existe aussi des contextes particuliers et des circonstances atténuantes.

Rien de drôle, en fait.

Alors cessons de nous dire que nous sommes imparfaits, indignes et impertinents.

Nous sommes normaux, à la limite de l’ordinaire. Je sais, je sais, se faire dire qu’on n’est pas exceptionnel, ça va être difficile à accepter pour certains, mais ça nous permettra peut-être de nous illustrer autrement que dans le perfectionnement de notre imparfait.

Allez. Je sors le rosé et je vous prépare deux plats : un Kraft Dinner et un macaroni de kamut végane – le fromage n’a pas souffert, je vous le jure.

Que vous choisissiez l’un ou l’autre, vous allez vous en remettre !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s