La lucidité et le gagatisme au temps du moi

J’ai vu cet été un saisissant documentaire sur Daniel Pinard – Je vous salue Pinard – présenté à Canal D. Un film de Francis Legault présenté sous la forme d’une entrevue. Je conseille à tout le monde de le visionner. On le trouve sur YouTube, je crois.

Pinard y est cinglant de lucidité, comme à son habitude.

On doit écouter chaque phrase prononcée tant la portée de réflexion est importante. Il y parle de plusieurs sujets, dont la vieillesse. Je ne connais pas Daniel Pinard personnellement et je ne suis pas certaine que je serais à la hauteur de ses fréquentations. Je suis toujours impressionnée par les gens brillants et singuliers qui prennent le temps de réfléchir au monde qui les entoure.

Il est de ceux-là. À trop vouloir être digne de lui parler, je lui balancerais probablement une avalanche de platitudes. Je serais rouge comme une tomate et proche du choc vagal !

Enfin, l’important c’est tout ce qui a été dit pendant cette longue entrevue.

Ce qui m’a le plus marquée, c’est son inclinaison tardive pour la jeunesse, l’aveu de cette émotion qu’il ressent face aux bébés. Pinard se dit fasciné par l’amour que l’on porte aux enfants. Depuis quelques mois, une année peut-être, je suis pareille à lui. Je deviens complètement gaga, émue aux larmes quand un poupon traverse ma route.  Ce qui me fascine, c’est cet infiniment possible, endormi dans la poussette. Un bébé est catapulté dans le monde et tout s’offre à lui. Tu parles d’une chance !

En espérant qu’il ne portera pas le poids de toutes les névroses et qu’il ne vivra pas le pire de ce possible. J’aime bien m’imaginer que chaque bébé développera son plein potentiel, peu importe où il ira. Mon horloge biologique a rendu l’âme, mais ça ne m’empêche pas de voir ailleurs cet infini qu’on ne peut pas s’empêcher de porter, nous, les humains.

Croire assez en la vie pour à chaque fois la recommencer, avec des bébés tout neufs ! Comme si de se reproduire érigeait un rempart contre la noirceur du monde.

J’ai souvent jugé ma belle-mère, vers la fin de sa vie, parce qu’elle s’agenouillait devant toutes les poussettes qu’elle rencontrait, tout le temps et partout. Les sourires des bébés l’émerveillaient. Elle les cherchait sans cesse et les provoquait quand ils n’étaient pas déjà offerts. Gaga puissance 10. Dans la rue, au centre d’achats, au restaurant, c’était toujours le même manège. Je ne comprenais pas trop pourquoi elle faisait ça. Du haut de ma prétentieuse et fin vingtaine, je la trouvais vieille et dépassée. Gaga comme dans gâteuse. Je n’avais pas encore d’enfant, Sinéad O’Connor était ma déesse, je sortais aux Foufs et je me trouvais vraiment hot. Mais il me manquait des sacrés bouts de vie !

Dont celui-ci que j’explore présentement à m’user moi aussi les genoux sur l’asphalte et à regarder des bébés dans les yeux. À leur faire des câlins aussitôt que les parents m’en donnent l’occasion, à toucher des ventres ronds en pensant que le mini, dans sa galaxie intra-utérine, peut en ressentir la douceur. Et encore mieux ! Si la mère est en fin de grossesse, il pourra m’entendre gagatiser de tout mon long :

  • Allô gros bébé d’amour, comment tu vas?
  • Tu viens nous voir bientôt, mon tout doux ?

Évidemment, personne ne répond. J’ai le gagatisme un tantinet lucide !

Je gagatise même par anticipation. Je songe à ma vie future, j’imagine des scénarios, des voyages infinis pour mon fils et son amoureuse :

  • Maman, si tu as le temps de garder bébé, on partirait en voyage.
  • Attends que je vérifieokc’estoui !
  • T’as déjà vérifié ?
  • Oui, oui. C’est oui !
  • On ne partirait qu’une petite semaine.
  • Prenez donc tout le temps voulu ! Tu as dit trois semaines ?
  • UNE semaine.
  • Quoi, l’Australie ? Excellente idée !

Des voyages pour moi aussi, vous l’aurez compris. Passagère, copilote peut-être, de l’infiniment possible que mon fils et son amoureuse voudront bien me confier.

J’ai des dialogues de sourds avec des poussettes et des utérus, j’écris des dialogues imaginaires autour d’un bébé qui n’existe pas encore et je m’y catapulte avec une joie qui transcende TOUT.

J’attends le moment fatidique et enivrant où un nouveau bébé paraîtra dans mon entourage et je pense, en l’attendant, à Daniel Pinard et à feu belle-maman avec respect et tendresse.

Elle avait, il a, NOUS AVONS entièrement raison d’être gaga.

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